Des personnes brillantes et talentueuses… en fuite…
L’une de mes coachées est talentueuse (comme tous d’ailleurs…). Elle excelle dans différents domaines artistiques, déploie une incroyable capacité à rentrer dans un sujet, le disséquer, et le comprendre.
En transition professionnelle, je la vois car elle sent qu’il est temps pour elle de se « rassembler » et de reprendre les choses en main : rassembler activité professionnelle et centres d’intérêts personnels, comme si elle vivait 2 vies aujourd’hui. La vie qui l’épanouit personnellement et celle qui lui permet de vivre dans la réalité (= payer un loyer, être socialement reconnue, préparer sa retraite…).
Nous commençons la première séance et j’ai l’intuition assez rapidement, que j’ai en face de moi une personnalité atypique.
J’ai beau avoir l’habitude d’être exposée à ce type de profils, ils sont tous différents et résonne en moi de manière différente à chaque fois.
Je me rends compte assez rapidement qu’on tourne en rond. Les sujets bondissent de l’un à l’autre, sans vraiment aller sur le fond. En est-elle consciente? Pas sûre mais je laisse venir intentionnellement.
Peut-être une conséquence de la pensée arborescente d’aller d’un sujet à un autre, mais mon intuition me dit qu’il y a quelque chose qui cloche.
Cette situation que je commence à voir venir maintenant avec la pratique me fait penser à un mécanisme de défense: fuir le vrai sujet en abordant tout un tas de petits sujets qui font distraction…
Peur de l’échec ? Peur de réussir ?… C’est parfois même inconscient de la part du coaché.
Je confronte alors, en toute bienveillance mais sans complaisance : « J’ai l’impression qu’on tourne en rond comme si le vrai sujet était soigneusement évité. Tu ressens quoi quand je te partage ça ? ».
Blanc… Elle se fige. Touchée? Étonnée ? Interpellée? Peut-être…
Qu’est-ce qui est protégé ? Inconsciemment ou non, dans la situation actuelle, ou dans la situation que tu as vécue jusque là? Elle n’a pas l’air d’avoir la réponse mais je vois qu’elle commence à la chercher.
Pour avoir accompagnée un certain nombre de personnes qui se sentent en décalage avec les autres, un sujet qui revient est le fait de s’adapter, de se fondre dans un ensemble, d’avoir peur de se sentir seul et isolé.
La personne essaye de trouver un compromis entre qui elle est, ce qu’elle aime (épanouissement personnel), ce qu’elle sait possible pour vivre parmi et avec les autres de façon pratique (besoins d’appartenance) et besoin sécurité matérielle (ex: avoir un toit, suffisamment d’argent pour vivre etc.).
Prendre conscience de ce qu’on est en train de protéger et pourquoi on le fait est le premier pas vers la construction d’un avenir différent (en tout cas, ajusté).
L’estime et la confiance en soi se construisant grâce et avec les autres, les personnes qui se sentent en décalage, ont appris à d’adapter et rentrer dans les cases pour faire partie d’un collectif, se faire accepter par celui-ci, se trouver une place de façon plus facile même s’il s’agit de faire rentrer un rond dans un carré.
Reconnaître ce que l’on est train de faire et savoir que ce qu’on fait est normal et légitime est pour moi la première grande étape vers le développement de soi et d’un avenir qui nous correspond davantage.
Après un temps de digestion variable suivant les personnes, viendra ensuite la phase d’ajustement et de construction permettant de déplacer le curseur vers l’épanouissement personnel, la recherche d’un meilleur compromis, satisfaisant pour soi, et diminuer la part accordée à l’adaptation de sa vie vis-à-vis des attentes des autres et de la société.
Vivre et assumer l’aventure de sa vie.